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Le vrai virus, c’est la crise

L’Italie est le pays le plus touché par le coronavirus. Le gouvernement italien répond par des mesures qui limitent les libertés. Mais dans le même temps, les salarié·e·s continuent à travailler dans les usines, sans protections suffisantes. 

Après les premières infections et les premiers décès, le gouvernement italien a tout de suite réagi en limitant de manière significative la liberté de mouvement des personnes. Dans ses annonces à la télévision, le premier ministre Giuseppe Conte répétait toujours le même mantra : ce n’est qu’en restant à la maison qu’il sera possible d’assurer la sécurité de chacun·e et de limiter la diffusion du virus. Malgré les restrictions, pourquoi est-ce que la diffusion du virus ne ralentit pas ?

Produire à tout prix

Il y a fondamentalement deux raisons principales. Premièrement, les décrets qui limitent la liberté de mouvement des personnes ne s’appliquent pas à la production industrielle qui n’a pas cessé. Au contraire, dans certains secteurs, les rythmes de travail ont même augmenté.

Le maintien de la production est fondamental pour les entrepreneurs·euses. Le journal des patrons Il sole 24 ore l’assume : « C’est indispensable de donner de la continuité à l’activité productive et à la libre circulation des biens. Interrompre la filière productive aujourd’hui signifie perdre des parts de marché et fermer des entreprises orientées vers l’exportation. »

C’est dans les zones géographiques avec une haute densité industrielle que le virus continue à se diffuser. Les décrets ne prévoient pas d’obligation d’introduction de mesures de sécurité pour les travailleurs·euses. En fait, aujourd’hui, 9 millions de salarié·e·s sur un total de 23 millions continuent à travailler en Italie.

Un système de santé détruit  

La deuxième raison pour laquelle le virus continue à se diffuser concerne le démantèlement massif du système de santé national ces dernières décennies. Il n’est pas à la hauteur de la crise actuelle.

En dix ans, l’austérité a coupé 37 milliards d’euros aux finances publiques destinées au secteur de la santé. Entre 2007 et 2015, 14 938 emplois à temps plein et 4676 emplois à temps partiel ont été supprimés (médecins, infirmièrs·ères, personnel technique etc.).

La protection des travailleurs·euses de la santé est totalement insuffisante. Les tests ne se font que pour les diagnostics et pas pour la prévention. Si une personne est testée positive au virus, elle est forcée de continuer à travailler jusqu’à que des symptômes surviennent. Dans un certain nombre de structures sanitaires, les travailleurs·euses sont obligé·e·s de travailler sans dispositifs de protection individuelle (masques, gants etc.). En date du 22 mars, 4824 travailleurs·euses de la santé avaient été testé·e·s positifs·ves au Covid-19, représentant une augmentation de 1265 cas en 3 jours.

Que faire ? 

Pour répondre aux besoins sociaux des classes populaires, en tant que Potere al Popolo, nous avons mis en place un « téléphone rouge » pour dénoncer les abus des entrepreneurs·euses envers les salarié·e·s. Au-delà du soutien que nous donnons aux multiples grèves spontanées qui continuent à avoir lieu par exemple dans la logistique (Amazon), la métallurgie (FCA ex Fiat, Avio Aero) et dans certains call centers, ce moyen nous permet d’offrir un soutien juridique et organisationnel aux salarié·e·s .

Puis, nous avons lancé un « service de courses alimentaires » pour des personnes qui n’ont pas la possibilité de déplacer durant cette situation exceptionnelle (surtout les personnes âgées des quartiers populaires) et pour ceux et celles qui ont perdu leur revenu à la suite de leur licenciement à cause de la fermeture de certaines activités économiques (majoritairement des  migrant·e·s et  des travailleurs·euses sans contrat fixe).

Ces types d’aide mutuelles sont aujourd’hui fondamentales, non seulement pour reconstruire un lien entre les classes populaires à travers une organisation politique, mais aussi, à moyen terme, pour être prêt à affronter les crises économiques et sociales qui perdureront après la crise du coronavirus.

Sous la pression des mobilisations des travailleurs·euses, le premier ministre Giuseppe Conte a annoncé le samedi 21 mars la fermeture de la totalité des secteurs de la production non essentielle à partir du 23 mars et jusqu’au 3 avril au moins. L’analyse plus détaillée du décret montre qu’une grande partie de la production restera ouverte, notamment l’industrie de l’armement et ses fournisseurs. Ainsi, le gouvernement démontre qu’il continue à défendre les intérêts des capitalistes plutôt que la vie des travailleurs·euses. Pour s’opposer à cette politique et défendre les droits des travailleurs·euses, les syndicats indépendants ont annoncé une grève générale pour le 25 mars.

Publié le 26 mars 2020 sur https://solidarites.ch/journal/365-2/italie-le-vrai-virus-cest-la-crise/

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